Analyse · HAL Trust
Chez HAL, TKH devient un test grandeur nature de création de valeur
Le holding néerlandais détient 10,2 % de TKH. Les actionnaires ont approuvé la séparation de l’électrification - mais ni la forme, ni le prix, ni le calendrier définitif ne sont encore connus.

HAL Trust possède 10,2 % de TKH Group, une participation cotée valorisée 189 M€ dans son rapport au 30 juin 2026. Le 3 septembre, les actionnaires de TKH ont approuvé la séparation de l’activité Electrification. Le principe est donc acquis ; le format économique de l’opération reste à déterminer.
Ce que le vote du 3 septembre a décidé
En résumé
TKH veut séparer une activité de câbles énergétiques en forte croissance de ses métiers d’automatisation. Deux voies sont préparées simultanément: une transaction publique - IPO, spin-off ou cotation directe - et une vente privée. Pour HAL, l’enjeu est double: une meilleure lisibilité peut révéler de la valeur, tandis que le produit d’une éventuelle cession pourrait être réinvesti par TKH dans l’automatisation ou rendu aux actionnaires. Le projet reste toutefois optionnel, flexible et chargé de coûts de séparation.
Pourquoi cela compte pour l’actionnaire de HAL Trust
TKH est encore une petite ligne dans l’ensemble HAL: 189 M€ face à une valeur nette publiée de 17,626 Md€, soit environ 1,1 %. Mais la participation a progressé de 154 M€ fin 2025 à 189 M€ fin juin, tandis que HAL passait de 9,9 % à 10,2 % du capital. Surtout, cette ligne permet d’observer une compétence centrale d’un holding: reconnaître une structure trop complexe, soutenir sa simplification et laisser chaque actif trouver le propriétaire ou le marché qui le valorise le mieux.
Ce que TKH cherche réellement à séparer
Le nom TKH réunit aujourd’hui deux économies industrielles. L’automatisation combine vision industrielle, machines automatisées et logiciels. L’électrification fabrique des câbles pour trois grands usages: les parcs éoliens offshore, les réseaux électriques terrestres et des applications spécialisées dans la robotique, la médecine ou l’industrie.
Ces activités n’ont pas les mêmes clients, besoins de capital, cycles de commande ni références de valorisation. Une caméra industrielle et un câble sous-marin ne se vendent pas de la même façon. L’automatisation repose davantage sur la propriété intellectuelle, le logiciel et des niches à marges élevées. L’électrification nécessite des usines, des stocks, des capacités lourdes et une gestion de grands projets.
TKH estime que ces différences justifient deux entreprises indépendantes, chacune avec sa direction, sa stratégie et son cadre d’allocation du capital. En 2025, l’activité à séparer réalisait 522,2 M€ de chiffre d’affaires, possédait 626,7 M€ d’actifs et affichait 478,2 M€ de carnet de commandes. Quelque 1 371 équivalents temps plein devraient suivre la séparation.
Pourquoi le moment est intéressant
L’électrification n’est pas détachée parce qu’elle décline. Elle accélère. Au premier semestre 2026, son chiffre d’affaires atteint 328,2 M€, en hausse organique de 33,3 %. Son EBITDA ajusté progresse de 90 % à 41,5 M€ et sa marge atteint 12,6 %, contre 8,9 % un an plus tôt. Le carnet de commandes monte à 507,8 M€.
L’usine d’Eemshaven, construite pour les câbles inter-array des parcs éoliens offshore, améliore son rendement et sa production. Côté terrestre, les gestionnaires de réseaux doivent investir massivement pour absorber électrification, renouvelables et nouveaux usages. TKH indique que ses accords-cadres signés dans l’énergie terrestre représentent 1,4 Md€, non compris dans le carnet de commandes publié.
Ce profil pourrait attirer des investisseurs spécialisés dans les infrastructures électriques ou un acquéreur industriel prêt à financer la croissance. À l’inverse, un conglomérat mêlant automatisation et câbles peut être évalué avec une décote de complexité. La séparation tente donc de transformer une différence industrielle en meilleure lisibilité financière.
Le mécanisme de valeur pour HAL
Le double processus est la partie la plus intelligente du projet. En préparant simultanément une transaction publique et une vente privée, TKH cherche à conserver une option. Une cotation peut offrir un prix de marché et laisser les actionnaires exposés aux deux sociétés. Une vente apporte du cash immédiat et transfère le risque industriel à l’acquéreur. Le résultat optimal dépendra du prix, des conditions et du capital que TKH voudra conserver.
Dans une IPO, de nouvelles actions pourraient être émises, des titres existants vendus, ou les deux. Dans un spin-off ou une cotation directe, les actionnaires de TKH pourraient recevoir des actions de l’activité Electrification. TKH pourrait aussi conserver temporairement une participation et certains droits de gouvernance. Pour HAL, ces variantes ne sont pas équivalentes: l’une produit du cash chez TKH; l’autre crée deux lignes cotées; une troisième laisse une structure intermédiaire.
Une petite position peut-elle vraiment compter?
À 189 M€, TKH ne représente qu’environ 1,1 % de la valeur nette de HAL. Même une forte revalorisation aurait donc un effet limité sur l’ANR du holding par rapport à Boskalis, Vopak ou SBM Offshore. C’est la limite quantitative du sujet.
Mais la taille n’épuise pas l’intérêt. La participation publiée est passée de 9,9 % à 10,2 % et HAL l’a reclassée en 2026 de son portefeuille de liquidités vers les participations cotées. Ce traitement indique une lecture plus stratégique qu’un simple placement financier. La séparation peut devenir un premier test: HAL restera-t-il un actionnaire passif de marché, augmentera-t-il sa position, ou accompagnera-t-il l’une des deux entités sur la durée? Aucune intention de ce type n’est publiée à ce stade.
Les coûts cachés d’une simplification
Créer deux sociétés ne fait pas apparaître gratuitement de la valeur. Les fonctions informatiques, juridiques, les assurances, les licences, la paie et certaines garanties restent aujourd’hui partagées. TKH prévoit des accords transitoires, puis leur extinction. Il faudra aussi dupliquer gouvernance, marque et fonctions centrales. Les données historiques d’Electrification sont non auditées et ne reflètent pas nécessairement ses coûts autonomes futurs.
Le projet lui-même reste extraordinairement souple. L’approbation porte sur une séparation selon des conditions qui seront déterminées plus tard par le directoire, avec l’accord du conseil de surveillance. TKH précise qu’il n’existe aucune certitude sur la méthode, le périmètre ou le calendrier. L’objectif annoncé en septembre 2025 était de franchir des étapes substantielles en douze à dix-huit mois, mais cette indication dépend des conditions de marché.
Le scénario créateur
Une transaction compétitive valorise correctement Electrification, finance la croissance d’Automation et rend un surplus de capital, tandis que les coûts autonomes restent contenus.
Le scénario destructeur
Un marché défavorable impose un prix faible, les coûts de séparation dérapent et le capital reçu est réinvesti dans des acquisitions moins rentables.
Lecture Opulion
Pour l’investisseur HAL, TKH n’est pas encore une grande source de variation de l’actif net. C’est en revanche un laboratoire lisible de ce que doit faire une société d’investissement: distinguer la croissance opérationnelle de la création de valeur financière, regarder le prix plutôt que le seul récit de « simplification », et surveiller l’usage du cash après l’opération.
Le vote, désormais acquis, n’est que le début. Le vrai événement sera l’annonce du format, du prix et de l’allocation du produit. Tant que ces trois éléments manquent, parler de « valeur libérée » relève de l’hypothèse. La séparation ouvre une porte ; elle ne garantit pas encore ce qui se trouve derrière.
Ce que nous surveillerons
Sources
- TKH - convocation de l’assemblée extraordinaire, 23 juillet 2026.
- TKH - approbation de toutes les résolutions de l’assemblée extraordinaire, 3 septembre 2026.
- TKH - circulaire aux actionnaires sur la séparation.
- TKH - résultats du premier semestre 2026, 11 août 2026.
- HAL Trust - rapport semestriel condensé 2026, 27 août 2026.