Analyse · Baillie Gifford US Growth Trust plc
Anthropic à 2 000 milliards de dollars ? Ce qu'une IPO changerait vraiment pour deux trusts Baillie Gifford
Le Financial Times rapporte qu'Anthropic pourrait déposer prochainement son prospectus et viser une cotation dès l'automne. Baillie Gifford US Growth expose 6,6 % de ses actifs à la société et Scottish Mortgage 2,8 %. Avant de parler de gain, il faut séparer prix annoncé, valeur comptable, liquidité, dilution, lock-up et gouvernance.

Le nombre spectaculaire est 2 000 milliards de dollars. Pour les actionnaires de Baillie Gifford US Growth Trust et de Scottish Mortgage, ce n'est pourtant pas encore le nombre le plus utile.
Le 4 septembre 2026, le Financial Times a rapporté qu'Anthropic était proche de confier les rôles principaux de son introduction en Bourse à Morgan Stanley et Goldman Sachs. Selon le journal, un dépôt public pourrait intervenir prochainement, puis une cotation à l'automne, autour d'une valorisation discutée de 2 000 milliards de dollars ou davantage.
Ces éléments ne sont pas une annonce d'Anthropic. Les mandats ne seraient pas définitifs. Aucun prospectus public ne permet encore de lire les comptes, la structure du capital, la dilution, les droits attachés aux différentes séries d'actions, la taille de l'offre ou les restrictions de cession. Il faut donc traiter la valorisation comme une indication rapportée, pas comme une transaction.
Mais le signal mérite un article. Anthropic n'est pas une curiosité lointaine dans les portefeuilles. Au 31 juillet, elle pesait 6,6 % des actifs de Baillie Gifford US Growth et 2,8 % de ceux de Scottish Mortgage. Sur les actifs publiés, cela représente environ 63 millions de livres dans le premier trust et 466 millions dans le second.
Une IPO éventuelle ne changerait pas seulement la valeur possible de ces lignes. Elle changerait leur nature : fréquence de prix, liquidité potentielle, volatilité, information financière, gouvernance observable et place occupée dans la poche privée de chaque trust.
Résumé en 30 secondes
L'information rapportée. Selon le Financial Times, Anthropic serait proche de choisir Morgan Stanley comme chef de file principal et Goldman Sachs comme agent de stabilisation. Un dépôt public pourrait intervenir prochainement et une cotation serait envisagée à l'automne. Les décisions et le calendrier ne sont pas définitifs.
L'exposition holding. Au 31 juillet 2026, Anthropic représente 6,6 % des actifs de Baillie Gifford US Growth, soit environ 63 millions de livres, et 2,8 % de Scottish Mortgage, soit environ 466 millions. En poids relatif, l'événement compte davantage pour US Growth. En montant absolu, il compte beaucoup plus pour Scottish Mortgage.
Le mécanisme. Une cotation pourrait fournir un prix public et, après les éventuelles restrictions, une voie de liquidité. Elle ne garantit ni une hausse de valeur, ni une vente immédiate, ni une réduction de la décote des trusts.
L'inconnue centrale. Sans prospectus et sans détail sur les classes d'actions détenues, il est impossible de convertir une valorisation globale de 2 000 milliards de dollars en gain précis d'actif net par action.
Deux trusts, deux sensibilités opposées
Les mêmes nouvelles d'Anthropic ne se transmettent pas de la même façon aux deux véhicules.
Baillie Gifford US Growth est le plus sensible en pourcentage. Son actif brut publié au 31 juillet était de 960,16 millions de livres. À 6,6 %, Anthropic vaut indicativement 63,4 millions. C'est la quatrième ligne du portefeuille, devant Amazon, et environ 22 % de toute la poche privée du trust.
Scottish Mortgage est le plus exposé en livres. Son actif brut publié était de 16,66 milliards. À 2,8 %, Anthropic vaut indicativement 466,5 millions de livres. Le poids est moins concentré, mais le montant est plus de sept fois supérieur à celui de US Growth. Anthropic représente environ 12 % de la poche privée de Scottish Mortgage.
Cette asymétrie est importante pour Quentin comme pour tout lecteur des holdings. Le titre le plus sensible à un changement relatif de la valeur d'Anthropic est US Growth. Le véhicule dans lequel une vente future pourrait libérer le plus de capital absolu est Scottish Mortgage.
Additionner les deux montants, environ 530 millions de livres, donne l'échelle de l'exposition gérée par Baillie Gifford dans ces deux trusts. Cela ne crée pas pour autant une position juridique commune. Chaque société a son propre conseil, sa propre structure de capital, sa propre valeur d'actif et sa propre décote.
Ce qu'une IPO change avant même de changer le prix
Une société privée entre dans l'actif net par évaluations périodiques. Le gestionnaire s'appuie notamment sur des opérations de financement, des comparables, les droits attachés aux titres et son jugement. Le chiffre est indispensable, mais il n'est pas observable en continu.
Une société cotée produit au contraire un prix de marché chaque séance. Cela ne le rend pas toujours juste. Cela le rend visible, fréquent et contestable.
Pour les deux trusts, le premier effet d'une IPO réussie pourrait donc être une reclassification de la ligne privée en ligne cotée, à valeur inchangée au départ. Mécaniquement, toutes choses égales par ailleurs, la poche privée de US Growth passerait de 29,8 % à environ 23,2 % et celle de Scottish Mortgage de 23,0 % à environ 20,2 %.
- Baillie Gifford US Growth 23,2
- Baillie Gifford US Growth 6,6
- Scottish Mortgage 20,2
- Scottish Mortgage 2,8
Ce déplacement n'ajoute aucun actif net. Il change la marge de manoeuvre. US Growth peut investir jusqu'à 50 % de son actif dans des sociétés privées au moment de l'investissement. Libérer 6,6 points de la poche privée, si Anthropic devient cotée, redonnerait une capacité importante pour financer de nouvelles sociétés non cotées sans augmenter l'exposition privée totale.
Chez Scottish Mortgage, l'effet relatif serait plus petit, mais la transformation d'environ 466 millions de livres d'actif privé en titre coté modifierait sensiblement la liquidité potentielle du portefeuille.
Coté ne veut pas dire vendable le lendemain
C'est la distinction la plus importante après celle entre rumeur et dépôt.
Les actionnaires existants d'une société introduite en Bourse sont souvent soumis à des engagements de conservation. Leur durée, leurs exceptions, les possibilités de vente secondaire et les droits de conversion dépendent du prospectus et des contrats. Tant que ces documents n'existent pas publiquement, aucune date de liquidité ne peut être attribuée aux deux trusts.
La ligne peut donc connaître trois états successifs :
- Aujourd'huiValeur privéeévaluation périodique, classes d'actions privilégiées et information limitée
- Dépôt publicTransparencecomptes, risques, capital, gouvernance et modalités de l'offre deviennent lisibles
- Première cotationPrix observableun prix public existe, mais les actions historiques peuvent rester bloquées
- Fin des restrictionsLiquidité potentielleles trusts peuvent arbitrer, sous réserve du marché et de leur discipline de long terme
La cotation transforme donc d'abord la qualité de l'information, ensuite la fréquence de valorisation, et seulement plus tard la liquidité effective.
Pourquoi 2 000 milliards ne peut pas être appliqué à la règle de trois
Le 1er septembre, Shaires Holdings a annoncé avoir clos une exposition indirecte à Anthropic sur la base d'une valorisation de 965 milliards de dollars pour la série H. Le Financial Times rapporte maintenant une valorisation d'IPO discutée autour de 2 000 milliards.
Le rapprochement attire naturellement l'oeil : le second chiffre représente plus du double du premier. Pourtant, multiplier les 63 et 466 millions de livres par ce rapport produirait une précision imaginaire.
Au moins six variables manquent :
1. La classe détenue. Les publications de portefeuille indiquent des actions privilégiées, notamment des séries F-1 et H-1. Leurs droits peuvent différer de ceux des actions ordinaires vendues au public. 2. Le prix par action. Une valorisation globale ne suffit pas sans nombre d'actions pleinement dilué et sans prix proposé. 3. La dilution. Une IPO primaire crée de nouvelles actions et lève du capital. Le pourcentage économique des actionnaires existants peut baisser. 4. La conversion. Les actions privilégiées peuvent se convertir selon des modalités précises qu'il faut lire. 5. Le change. Les actifs des trusts sont publiés en livres, l'indication de valorisation est en dollars. 6. Le moment du marquage. Les conseils et le gestionnaire peuvent intégrer les événements selon leur politique de juste valeur avant, au moment ou après la cotation.
Échelle recherchée
Le chiffre rapporté donne l'ambition du processus et le test d'appétit du marché. Il ne donne pas la valeur des titres des trusts.
Valeur d'actif
Sans prospectus, prix par action, table de capitalisation et conversion des préférentielles, aucun gain précis d'ANR ne peut être calculé.
La discipline éditoriale consiste ici à résister au plus beau chiffre de l'histoire. Une valorisation envisagée est un point de départ pour une enquête, pas un actif net certifié.
Le prospectus compterait davantage que le premier cours
Pour un lecteur des holdings, le premier cours de Bourse sera spectaculaire. Le prospectus sera plus utile.
Il pourrait répondre à des questions que les factsheets ne peuvent pas résoudre : chiffre d'affaires audité, concentration des clients, dépenses de calcul, engagements d'achat de capacité, consommation de trésorerie, rémunération en actions, relations avec les fournisseurs de cloud, litiges, facteurs de risque, composition du conseil et structure exacte du capital.
Ces éléments permettront enfin de relier l'économie opérationnelle d'Anthropic à la valeur portée par les trusts. Notre article du 4 septembre sur le coût d'usage de Fable 5.1 montrait déjà la limite actuelle : Anthropic publie des baisses de coût pour certains usages, mais pas leur transmission au revenu, à la marge brute ou à la consommation de cash. Un prospectus pourrait transformer cette chaîne d'hypothèses en données vérifiables.
Pour les trusts, la grande rupture d'une IPO n'est pas que le marché donne un prix à Anthropic. C'est qu'il oblige Anthropic à donner assez d'information pour que ce prix puisse être discuté.
Une gouvernance qui ne deviendrait pas ordinaire
Anthropic est une public benefit corporation. En 2023, la société a présenté son Long-Term Benefit Trust, un organe indépendant conçu pour sélectionner et révoquer une part croissante de son conseil, jusqu'à une majorité. La classe T créée pour ce trust ne porte pas, selon Anthropic, l'intérêt financier ordinaire des actionnaires.
Le Financial Times rapporte qu'aujourd'hui cet organe désigne quatre des sept administrateurs et qu'Anthropic entend préserver son rôle après une cotation. Si cela est confirmé par le prospectus, les nouveaux actionnaires publics achèteront une société dans laquelle la majorité du conseil ne dépend pas uniquement du vote économique classique.
Pour Scottish Mortgage et US Growth, ce n'est ni automatiquement positif ni automatiquement négatif. C'est une condition de gouvernance qui doit entrer dans la lecture du risque. Elle peut protéger une mission de long terme contre la pression trimestrielle. Elle peut aussi créer un écart entre pouvoir économique et pouvoir de nomination, particulièrement visible lorsque les décisions de sécurité, de déploiement et de capital deviennent conflictuelles.
Le prospectus devra expliquer la composition, les droits, les procédures de révocation, les conflits potentiels et l'articulation avec les actionnaires. Ici encore, la cotation n'efface pas la singularité du privé : elle la rend opposable au marché.
Le paradoxe de la décote
Au 31 juillet, les actions de Baillie Gifford US Growth se négociaient avec une décote de 8,3 % sur leur valeur d'actif, et celles de Scottish Mortgage avec une décote de 8,0 %.
Une participation privée importante peut contribuer à l'incertitude que le marché applique à l'actif net. Une cotation d'Anthropic pourrait donc retirer un motif de doute : le prix deviendrait public, la publication financière plus riche et une sortie future imaginable.
Mais elle peut aussi ajouter de la volatilité. Un prix public à 16 heures vaut moins comme lissage qu'une évaluation privée périodique. Si Anthropic chute après l'introduction, l'actif net des trusts reflétera plus rapidement le mouvement. Si elle monte, il en ira de même, sous réserve du traitement des titres bloqués et des droits de classe.
Le lien entre IPO et décote n'est donc pas unidirectionnel.
| Effet possible | Pourquoi la décote pourrait se réduire | Pourquoi elle pourrait persister ou s'élargir |
|---|---|---|
| Transparence | Prix public, comptes et risques plus détaillés | Complexité persistante des classes, restrictions et gouvernance |
| Liquidité | Possibilité future de céder ou de réduire la ligne | Lock-up, profondeur de marché et discipline de long terme |
| Valorisation | Référence externe observable | Volatilité et écart possible entre prix d'IPO et cours durable |
| Portefeuille privé | Baisse mécanique de la part non cotée | Les autres lignes privées restent évaluées périodiquement |
Pour l'actionnaire du trust, l'IPO peut rendre l'ANR plus lisible. Elle ne promet pas que le cours du trust rejoindra cet ANR.
Ce qui ferait passer l'article du conditionnel au calcul
Le signal du 4 septembre est assez fort pour préparer le lecteur. Il n'est pas assez complet pour annoncer une création de valeur.
Trois documents ou événements feront avancer la preuve :
1. Le dépôt public. Il donnera le capital pleinement dilué, les comptes, les facteurs de risque, les droits de gouvernance et les modalités proposées. 2. La mise à jour des trusts. Elle indiquera la valeur retenue, les classes détenues, toute conversion et la politique de conservation. 3. La fin des restrictions. Elle transformera un titre coté mais bloqué en véritable option d'allocation pour chaque conseil.
Jusque-là, la conclusion doit rester plus étroite que le titre spectaculaire.
Anthropic pourrait passer du non-coté au marché public. Pour Baillie Gifford US Growth, cela toucherait l'une des plus fortes concentrations du portefeuille et plus d'un cinquième de la poche privée. Pour Scottish Mortgage, cela concernerait près d'un demi-milliard de livres et une part significative de sa liquidité future.
La valorisation de 2 000 milliards dira peut-être combien le marché est prêt à payer. Le prospectus dira ce que les deux trusts possèdent réellement. Et le lock-up dira quand cette valeur pourra devenir un choix de capital.
Sources
- Financial Times, « Anthropic close to awarding Morgan Stanley and Goldman Sachs top roles in $2tn IPO », 4 septembre 2026
- Financial Times, « Anthropic's $2tn IPO puts powerful external trustees in spotlight », 4 septembre 2026
- Baillie Gifford US Growth Trust, factsheet au 31 juillet 2026
- Scottish Mortgage, factsheet au 31 juillet 2026
- Anthropic, présentation du Long-Term Benefit Trust, 19 septembre 2023
- Shaires Holdings, clôture d'une exposition indirecte à Anthropic et référence à la série H, 1er septembre 2026
- Opulion, « Fable 5.1 réduit certaines charges d'usage », 4 septembre 2026
Partager