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Sofina : les entreprises derrière une IA qui se met au travail

Supabase conserve les données, Cyera encadre les accès, Primer pilote les paiements. Trois participations directes éclairent une question décisive : qui sera payé quand l'IA passera de la réponse à l'action ?

Un poste de préparation de commandes, avec un colis ouvert, du linge, un lecteur de codes-barres et un ordinateur.
Illustration éditoriale générée par IA. Ce commerçant fictif sert de fil conducteur ; la scène ne représente ni un client identifié des sociétés citées ni un établissement de Sofina.

Un paiement vient d'échouer sur le site d'un commerçant. Son équipe peut consulter plusieurs tableaux, chercher la cause, puis décider d'une correction. Elle peut aussi demander à un assistant d'intelligence artificielle d'enquêter et de préparer cette correction. Dès qu'elle l'autorise à agir, les questions changent : où trouve-t-il les données ? Qu'a-t-il le droit de consulter ? Quel système exécutera sa décision ?

Trois participations directes de Sofina permettent de comprendre cette transformation. Supabase fournit l'infrastructure des applications. Cyera sécurise les données et les accès. Primer coordonne les paiements des commerçants. Les développements annoncés cet automne donnent une actualité à leur rapprochement : Supabase veut adapter ses bases de données aux agents ; Cyera ouvre un canal commercial auprès des clients d'Anthropic ; Primer décrit déjà des actions exécutées après approbation humaine.

Pour l'actionnaire de Sofina, l'intérêt est économique. Une IA qui accomplit une tâche crée des besoins de logiciels et de services. Reste à savoir lesquels les entreprises accepteront de payer, à quelle marge et avec quelle conséquence pour le holding.

Participations directes étudiées
3
Supabase, Cyera et Primer ; fiches officielles Sofina consultées le 20 octobre 2026
Supabase, formule Pro mensuelle
25 $
À partir de ce montant par mois, hors ressources supplémentaires ; tarif consulté le 20 octobre
Cyera, acquisition d'Oasis
1 Md$
Valeur annoncée de l'opération menée par Cyera, finalisée le 3 septembre 2026
Primer, levée de fonds
100 M$
Ensemble du tour annoncé en mai 2026, mené par Sofina ; son ticket individuel n'est pas précisé

Partir d'une commande, comprendre trois métiers

Imaginons notre commerçant. Un client demande où en est sa commande. L'assistant doit retrouver le dossier, lire les informations utiles et conserver une trace de sa réponse. Plus tard, l'équipe des paiements lui demande pourquoi des transactions ont été refusées, puis approuve une modification du circuit de paiement.

Ces opérations mobilisent des métiers différents. Les distinguer permet de voir ce qu'une société vend réellement.

SUPABASE

Donner une mémoire à l'application

Stocker et retrouver

L'application conserve commandes, comptes utilisateurs et fichiers. Le développeur achète une infrastructure qu'il peut utiliser sans la reconstruire.

CYERA

Délimiter ce que l'agent peut faire

Voir et autoriser

L'entreprise identifie les données sensibles et les accès des logiciels. L'agent peut recevoir les informations utiles à sa tâche, avec des limites vérifiables.

PRIMER

Agir sur le circuit des paiements

Relier et piloter

Le commerçant coordonne ses prestataires, examine les refus et adapte ses règles de traitement. La performance se mesure dans les paiements et leurs coûts.

SOFINA

Détenir une part de ces entreprises

Investir du capital

Le holding détient des titres des trois sociétés. L'effet pour son actionnaire dépend de la valeur de ces titres et du poids de chaque ligne dans son patrimoine.

Cet exemple est une construction pédagogique Opulion. Il ne décrit pas une offre commune, une intégration entre les trois sociétés ou un client utilisant les trois produits. Un agent est ici un logiciel capable d'utiliser des outils pour accomplir une tâche, dans les limites des permissions qu'on lui donne.

Ce que Sofina détient vraiment

Les trois entreprises figurent dans Sofina Direct, la poche de participations directes du holding. Ce lien est distinct d'une exposition obtenue par les fonds auxquels Sofina souscrit. Investir directement aux côtés d'autres actionnaires ne suffit pas non plus à qualifier une opération de « co-investissement » au sens technique d'un véhicule organisé par un gérant.

EntreprisePart du capital affichée par SofinaCe que le chiffre mesure
Supabase0,29 %La fraction du capital de Supabase détenue par Sofina
Cyera0,98 %La fraction du capital de Cyera détenue par Sofina
Primer14,17 %La fraction du capital de Primer détenue par Sofina

Les fiches ont été consultées le 20 octobre 2026 ; elles ne précisent pas la date de référence de ces pourcentages. Sofina indique aussi être représentée dans les organes de décision de Primer et avoir mené son tour de financement de 2026 avec d'autres investisseurs.

Ces pourcentages ne donnent pas le poids de chaque ligne dans l'actif net de Sofina. Ils ne s'additionnent pas : chaque entreprise a son propre capital et sa propre valeur. Les fiches ne permettent pas de chiffrer les montants investis, les valeurs comptables individuelles ou les droits économiques détaillés. Une forte croissance de Supabase pourrait ainsi avoir un effet modeste sur le holding ; une détention plus importante dans Primer ne prouve pas que cette ligne pèse davantage en euros.

Supabase : multiplier les applications, puis gagner leur activité payante

Supabase vend aux développeurs les services qui font fonctionner une application : base de données, connexion des utilisateurs et stockage de fichiers. Son intérêt pour une entreprise tient au travail technique qu'elle évite et à la continuité du service lorsqu'une application grandit.

Le 2 octobre, Supabase a annoncé l'acquisition de Turso, spécialiste de bases de données légères. L'objectif présenté est d'accompagner les nombreux petits projets créés par des agents, puis leur passage à des applications plus importantes. Supabase affirme déjà lancer plus d'un million de bases par semaine. Ce volume d'activité est déclaré par l'entreprise ; ce n'est ni un nombre de clients payants ni un chiffre d'affaires.

Le problème économique se comprend sans connaître le code. Un prototype peut vivre quelques heures ; une application utilisée quotidiennement doit conserver ses données, rester disponible et supporter davantage de demandes. La valeur commerciale se construit lorsque le client choisit de payer durablement pour ces services.

La tarification rend cette transition visible : une offre gratuite, puis une formule Pro à partir de 25 dollars par mois, avec des ressources et services pouvant entraîner une facturation supplémentaire. Ce prix d'entrée, consulté le 20 octobre, ne représente pas le revenu moyen d'un client.

Notre lecture : l'enjeu est de conserver les applications qui deviennent utiles. La création automatisée de logiciels peut élargir le recrutement de clients, mais aussi multiplier les projets abandonnés et les coûts de service. Il faudra observer la conversion vers le payant, la dépense des clients qui restent et la marge après hébergement. La popularité ouvre la porte ; elle ne règle pas la facture.

Une technicienne devant deux baies informatiques dans une petite salle de serveurs.
Illustration éditoriale générée par IA. Une infrastructure physique reste nécessaire derrière les logiciels ; cette salle fictive ne représente pas les installations des entreprises citées.

Cyera : une IA utile doit avoir des droits limités

Le danger d'un agent ne se limite pas à une réponse erronée. Avec des accès trop larges, il peut consulter des dossiers sans rapport avec sa mission ou modifier une information qu'il devait seulement lire. Pour notre commerçant, connaître l'état d'une commande ne devrait pas donner accès à toute la base clients.

Cyera aide les entreprises à repérer leurs données sensibles et à gérer les risques d'accès. Le 3 septembre, elle a annoncé avoir finalisé l'acquisition d'Oasis Security, valorisée à un milliard de dollars. Oasis apporte le contrôle des identités des logiciels et des machines : l'élargissement réunit la connaissance des données et celle des permissions. Le montant annoncé concerne l'opération menée par Cyera, pas un investissement d'un milliard de Sofina.

Un deuxième développement porte sur la vente. Dans une annonce publiée sur son site le 16 octobre, Cyera indique que sa plateforme est disponible dans Claude Marketplace. Des clients d'Anthropic peuvent y affecter une partie de leurs engagements de dépenses à Cyera.

L'intérêt commercial est compréhensible : un produit de sécurité peut devenir plus facile à acheter lorsqu'il entre dans un circuit budgétaire déjà utilisé. Cela ne constitue pas un revenu garanti. L'annonce ne chiffre aucune commande supplémentaire. Les capacités d'Agent Guardian, présentées par Cyera, incluent la visibilité sur les agents et l'interception d'actions contraires aux règles ; leur présentation commerciale ne vaut pas une mesure indépendante de leur efficacité.

La question pour Sofina est donc double : cette offre élargie convaincra-t-elle les clients, et Cyera pourra-t-elle les servir à un coût qui laisse une marge durable ? L'intégration d'une acquisition et la concurrence des autres fournisseurs de sécurité comptent autant que l'ouverture d'une place de marché.

Primer : le bénéfice doit se voir dans les encaissements

Un commerçant peut utiliser plusieurs prestataires de paiement selon les pays, les cartes ou les moyens de règlement. Primer les relie dans une plateforme qui permet de suivre les opérations et de régler leur traitement. C'est ce qu'on appelle l'orchestration des paiements : coordonner les circuits existants et leurs règles, plutôt que demander aux équipes de tout gérer séparément.

En mai, Primer a annoncé une levée de 100 millions de dollars menée par Sofina. Ce montant correspond à l'ensemble du tour, pas au seul apport du holding. L'entreprise expliquait vouloir faire évoluer son assistant Companion de l'aide à la décision vers l'exécution d'actions dans les limites fixées par le commerçant.

Dans son guide de l'orchestration consulté en octobre, Primer affirme que les équipes peuvent approuver des recommandations et laisser Companion déployer des changements, par exemple dans les règles d'orientation des paiements. Sa page consacrée à Companion met surtout en avant l'analyse, les recommandations et la surveillance, en rappelant que l'utilisateur décide. Ces présentations ne permettent pas d'établir le périmètre d'exécution disponible chez chaque client. Exécuter une action approuvée et disposer d'une autonomie générale restent deux niveaux différents. L'ambition de mai et les fonctionnalités décrites aujourd'hui doivent se lire séparément.

Pourquoi payer ce service ? Parce qu'un commerçant peut en mesurer l'intérêt : davantage de commandes effectivement encaissées, moins de frais ou du temps économisé. Il faut ensuite comparer ce bénéfice au coût de la plateforme et aux risques supplémentaires. Un montant de paiements traité n'est jamais, à lui seul, le chiffre d'affaires de Primer.

Une commande récupérée ne devient pas entièrement du bénéfice

Prenons un exemple entièrement fictif, sans rapport avec les performances de Primer ou d'un de ses clients. Sur une période, un marchand reçoit 100 000 commandes, avec une tentative de paiement initiale par commande. Son taux de commandes encaissées progresse d'un point de pourcentage grâce à une amélioration de son traitement. On suppose que les commandes supplémentaires sont distinctes, d'un montant moyen de 80 euros et effectivement honorées.

COMMANDES

Paiements récupérés

1 000

100 000 commandes × 1 point de pourcentage de conversion supplémentaire.

CHIFFRE D'AFFAIRES

Ventes supplémentaires

80 000 €

1 000 commandes × 80 € de panier moyen supposé.

MARGE

Contribution avant coûts additionnels

20 000 €

Avec une marge contributive hypothétique de 25 %, avant coût de la plateforme, frais de paiement et fraude supplémentaires.

COÛTS

Gain net du commerçant

À calculer

Il faut déduire les coûts additionnels des 20 000 €. Le gain final ne peut pas être déterminé sans ces montants.

Ces 20 000 euros sont une enveloppe économique hypothétique pour le commerçant, avant les coûts indiqués. La fraction qui rémunérerait Primer dépendrait du contrat ; la marge de Primer dépendrait à son tour de ses propres coûts. Les sources consultées ne donnent pas les éléments nécessaires pour chiffrer ces deux étapes.

Le chemin jusqu'à l'actionnaire de Sofina

Le point commun entre ces entreprises est une place dans le fonctionnement quotidien du client. Une application conserve ses données ; une politique de sécurité s'applique à des accès ; une règle de paiement intervient dans les transactions. Notre hypothèse est que cette proximité opérationnelle peut aider un fournisseur à devenir durablement utile. Elle doit toutefois se traduire en activité payante et en rentabilité.

Comment un usage peut devenir de la valeur pour Sofina
Mécanisme économique proposé par Opulion, sans prévision de résultat.
  1. 1. Usage
    Une tâche devient utile
    L'application fonctionne, l'accès est encadré ou le paiement est mieux traité.
  2. 2. Revenu
    Un client accepte de payer
    Le fournisseur obtient une rémunération et conserve son client.
  3. 3. Rentabilité
    Le revenu dépasse les coûts
    Hébergement, vente, développement, sécurité et intégration consomment aussi des ressources.
  4. 4. Détention
    Une valeur pour Sofina
    Les droits de ses titres, la dilution et les capitaux réinvestis influencent la part qui revient au holding.

Une cession ou une distribution peut ensuite apporter du cash à Sofina. Une réévaluation comptable d'une participation, à elle seule, n'en apporte pas.

Une entreprise peut être très utilisée tout en restant coûteuse à développer. Elle peut devenir rentable après plusieurs levées qui réduisent le pourcentage de ses premiers actionnaires. Sofina peut aussi remettre du capital pour maintenir sa position. Enfin, les droits attachés aux titres d'une société privée peuvent différer selon les investisseurs : multiplier un pourcentage publié par la valorisation d'un dernier tour donnerait une précision trompeuse.

Cette distinction prolonge nos analyses sur les quatre métiers de cybersécurité de Sofina et sur la transformation du non-coté en cash. Ici, la nouveauté est le modèle économique des services nécessaires aux agents, et les preuves qu'il faudra demander.

EntrepriseLa prochaine preuve économique à rechercherCe que les annonces ne suffisent pas à établir
SupabaseConversion au payant, fidélité des clients et marge après infrastructureLe revenu durable produit par chaque vague de bases créées
CyeraContrats issus du nouveau canal et coût de vente après intégrationLes revenus ou bénéfices supplémentaires apportés par Claude Marketplace
PrimerGains nets mesurés chez les marchands et rentabilité du service venduLa part des gains clients captée par Primer et son bénéfice

Ces indicateurs forment notre grille de suivi ; ils ne sont pas tous publiés dans les documents consultés. Les poids individuels dans l'actif net de Sofina restent également inconnus à partir de ces pièces. Nous pouvons identifier un mécanisme de création de valeur, sans en déduire une contribution chiffrée au holding.

La curiosité de l'actionnaire peut alors se déplacer. Derrière chaque nouvelle démonstration d'IA, il peut chercher ce que l'entreprise utilisatrice devra acheter pour la faire fonctionner dans la durée. Chez Sofina, Supabase, Cyera et Primer offrent trois terrains d'observation précis : conserver l'information, encadrer son usage et faire aboutir une opération. La prochaine étape décisive sera la preuve d'un revenu qui dure et d'une marge qui reste.

Sources

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