Analyse · Brederode S.A.
Remibrutinib franchit la phase III : Brederode gagne une option de croissance chez Novartis
Deux essais positifs dans la sclérose en plaques donnent de la profondeur aux 7,1 % du portefeuille coté placés dans Novartis. Les résultats sont prometteurs ; la valeur commerciale, elle, reste encore à construire.

Pour comprendre pourquoi un communiqué clinique de Novartis mérite une analyse sur Brederode, il faut commencer par le portefeuille. Au 31 mars 2026, Novartis était la principale ligne de santé publiée par le holding: 819 200 actions, valorisées 107,69 millions d’euros. La ligne pesait 7,1 % du portefeuille coté et environ 2,6 % des fonds propres de Brederode. Remibrutinib n’est donc pas un médicament abstrait dans une liste de projets: c’est une option de croissance située à l’intérieur d’une participation identifiable et déjà contributive.
L’essentiel
Les essais de phase III REMODEL-1 et REMODEL-2 ont atteint leur critère principal: remibrutinib a réduit significativement le taux annualisé de poussées par rapport au tériflunomide chez des adultes atteints de sclérose en plaques récurrente. Novartis annonce aussi une supériorité sur les principaux critères secondaires, une tendance favorable sur la progression du handicap et l’absence de signal hépatique. Les données détaillées ne sont toutefois pas encore publiées: aucune réduction chiffrée des poussées n’est disponible dans le communiqué.
Pourquoi cette nouvelle compte pour Brederode
Brederode détient Novartis comme un grand actif coté de qualité, pas comme une petite ligne spéculative de biotech. Un succès en phase III peut étoffer le moteur de croissance futur du groupe pharmaceutique et diversifier sa franchise en neurosciences. Mais la transmission à Brederode est indirecte: résultat clinique, dépôt réglementaire, approbation, remboursement, adoption médicale et ventes doivent encore s’enchaîner avant qu’une valeur économique apparaisse dans les résultats.
Un résultat clinique qui ferme une porte au hasard
Un essai positif peut toujours être une bonne surprise isolée. Deux essais de conception identique, conduits à l’échelle internationale et atteignant tous deux le même critère principal, réduisent ce risque. REMODEL-1 et REMODEL-2 ont comparé remibrutinib au tériflunomide chez des adultes atteints de sclérose en plaques récurrente. Les participants ont été répartis à parts égales entre les traitements. La phase contrôlée pouvait durer jusqu’à trente mois, suivie d’une extension ouverte pouvant aller jusqu’à cinq ans.
Le critère principal était le taux annualisé de poussées. Novartis dit avoir obtenu une réduction statistiquement significative face au comparateur dans chacune des deux études. L’entreprise affirme également une supériorité sur tous les principaux critères secondaires au sein de chaque essai, dont les lésions observées par imagerie cérébrale. Dans une analyse combinée prévue à l’avance, une tendance positive a été observée sur la progression du handicap confirmée à trois mois et un résultat nominalement significatif à six mois.
Le choix des mots importe. « Nominalement significatif » ne signifie pas nécessairement que le résultat satisfait toutes les corrections statistiques prévues pour tester plusieurs critères. Et « tendance positive » n’est pas une démonstration. Sans les valeurs absolues, les intervalles de confiance, les taux d’arrêt et les analyses par sous-groupe, on ne peut pas mesurer l’ampleur clinique de l’avantage. Novartis prévoit de présenter les données détaillées au congrès MSToronto2026 avant de solliciter les autorités de santé.
Lecture Opulion
Pourquoi la classe BTK intrigue autant
Remibrutinib inhibe la tyrosine kinase de Bruton, ou BTK, une protéine impliquée dans l’activation de cellules B et de cellules de l’immunité innée. Dans la sclérose en plaques, l’ambition est de moduler plusieurs composantes de l’inflammation, y compris celles susceptibles de contribuer à la neuro-inflammation, avec un traitement oral. La promesse est attractive: réunir efficacité, simplicité d’administration et profil de tolérance favorable.
Cette promesse n’est pas automatiquement celle de toute la classe. Plusieurs programmes BTK ont rencontré des difficultés de sécurité, d’efficacité ou de calendrier. Novartis met donc l’accent sur la sélectivité de sa molécule et sur l’absence de signal hépatique dans REMODEL. Plus de 4 500 participants ont reçu remibrutinib dans son programme de développement à travers plusieurs indications, selon le groupe. Aucun cas répondant aux critères dits de « Hy’s Law », utilisés pour repérer certains risques sérieux de lésion hépatique induite par un médicament, n’a été observé dans ces deux essais.
Un élément différencie aussi remibrutinib d’un actif entièrement neuf: la molécule est déjà commercialisée sous le nom Rhapsido dans l’urticaire chronique spontanée, après une approbation américaine en septembre 2025 et européenne en avril 2026. Cela ne préjuge pas de son approbation en neurologie, où la dose, la population et le rapport bénéfice-risque sont spécifiques. Mais Novartis dispose déjà d’une expérience industrielle, réglementaire et médicale avec la molécule.
Le visuel pédagogique: six portes avant la création de valeur
Une option de portefeuille, pas une thèse entière
La ligne Novartis avait déjà bien résisté dans un premier trimestre difficile pour Brederode. Le holding publiait une performance indicative de 14,7 % pour cette participation, dividendes nets inclus, contre une baisse de 2,7 % pour l’ensemble du portefeuille coté. Cette photographie explique pourquoi une extension crédible du pipeline compte: elle renforce l’une des rares contributions positives au moment où les incertitudes liées à l’IA et au contexte géopolitique pesaient sur d’autres actifs.
Il faut néanmoins conserver l’échelle. Novartis représente environ 2,6 % des fonds propres de Brederode sur la base des valeurs publiées au 31 mars; remibrutinib n’est qu’une composante de Novartis. Même une réussite commerciale majeure ne se transmettrait donc que partiellement au holding. La qualité de la nouvelle tient moins à son impact immédiat sur l’actif net qu’à ce qu’elle révèle: la participation possède une nouvelle voie crédible de renouvellement de son portefeuille de médicaments.
C’est précisément l’une des fonctions d’un holding diversifié. L’actionnaire de Brederode ne choisit pas remibrutinib isolément. Il détient un ensemble où les risques cliniques de Novartis cohabitent avec les flux récurrents d’Iberdrola et Enel, les franchises de Mastercard ou Unilever, l’option technologique d’Alphabet et un large portefeuille de fonds non cotés. La diversification ne rend pas l’étape clinique insignifiante; elle la remet dans sa juste proportion.
Ce que le communiqué établit
Deux essais de phase III ont atteint leur objectif principal avec un profil de sécurité jugé favorable. Remibrutinib dispose ainsi d’une voie crédible pour élargir le moteur de croissance de Novartis.
Ce qu’il n’établit pas
Les données complètes, l’autorisation, le remboursement, la part de marché et les ventes restent à venir. Même un succès important ne se transmettrait que partiellement à Brederode, dont Novartis est une composante diversifiée.
Le point de curiosité: un seul actif, plusieurs marchés
Remibrutinib illustre une mécanique importante de l’industrie pharmaceutique: une même molécule peut devenir une plateforme de plusieurs indications. Outre l’urticaire chronique spontanée et la sclérose en plaques récurrente, Novartis l’étudie notamment dans la sclérose en plaques secondairement progressive, l’hidradénite suppurée et l’allergie alimentaire. Chaque indication nécessite ses propres preuves et peut échouer indépendamment. Mais la réutilisation d’une base scientifique et industrielle augmente le nombre de chemins possibles vers la création de valeur.
Pour l’investisseur de Brederode, la prochaine étape passionnante ne sera donc pas un nouveau superlatif dans un communiqué. Ce seront les courbes: combien de poussées évitées, quelle progression du handicap, quels arrêts de traitement, quels effets indésirables et quelle cohérence entre les deux essais? C’est à ce moment que l’on pourra distinguer un produit seulement approuvable d’un produit susceptible de modifier réellement les pratiques médicales.