OPULION
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Les deux gérants de Scottish Mortgage publient leur revue annuelle et chiffrent Anthropic à 47 milliards de dollars

Le fait

Scottish Mortgage a publié le 2 juillet 2026 les revues annuelles de ses deux gérants, Tom Slater et Lawrence Burns, sous forme de vidéos accompagnées sur le site de leur transcription intégrale.

Tom Slater décrit une année de rupture politique et commerciale - droits de douane, plus longue fermeture administrative de l'histoire américaine, frappes sur l'Iran ayant fermé le détroit d'Ormuz - mais soutient que le fait durable est ailleurs : le passage de l'intelligence artificielle du statut de technologie à celui d'infrastructure. Selon lui, les grandes plateformes de cloud ont plus que triplé leurs dépenses depuis 2023, et la démonstration faite par le chinois DeepSeek a accéléré la course. SpaceX est décrite comme, de loin, le premier contributeur à la performance, et comme « un double monopole du lancement et de la connectivité mondiale » plutôt qu'une société de fusées.

Trois mouvements de portefeuille sont nommés dans sa revue : la fiducie s'est défaite de Wayfair, elle a renforcé Hermès, et elle constate que Meituan est passée du profit à la perte sous l'effet d'une guerre des prix domestique chinoise, pression qu'elle estime désormais retombée. La filiale Temu de PDD, le prestataire de paiement Adyen et les valeurs de luxe ont été touchés par la fragmentation des échanges. Le gérant conclut sur la thèse maison : la création de richesse boursière venant d'un très petit nombre de sociétés, ne pas détenir ces sociétés, ou les céder trop tôt, condamne selon lui à la sous-performance.

Lawrence Burns consacre la sienne à ce qu'il appelle l'ère agentique. Il l'ouvre sur un chiffre : Anthropic, participation non cotée de la fiducie, serait passée d'un milliard de dollars de revenus annualisés au début de 2025 à plus de 47 milliards dix-sept mois plus tard - « aucune société de l'histoire connue n'a fait croître son chiffre d'affaires organique à cette échelle et à ce rythme ». Il découpe l'intelligence artificielle générative en trois âges : conversationnel, ouvert par ChatGPT fin 2022 ; du raisonnement, ouvert par o1 en septembre 2024 ; agentique, devenu selon lui manifeste avec Claude Opus 4.5 fin novembre 2025.

Il en tire des conséquences chiffrées. Le secteur logiciel mondial aurait perdu environ 2 000 milliards de dollars de capitalisation en douze mois ; le dirigeant de Google aurait déclaré que 75 % du nouveau code est désormais écrit par l'intelligence artificielle ; et selon les données d'Anthropic qu'il cite, un agent seul produit environ quatre fois le travail d'une interaction conversationnelle, une équipe d'agents environ quinze fois. Il nomme les participations qui portent cette lecture : Databricks et Snowflake pour la donnée d'entreprise, Cloudflare pour le réseau, Adyen et Stripe pour le paiement ; Amazon, MercadoLibre, Sea Limited et Nubank côté plateformes ; Horizon Robotics et MiniMax pour ce qu'il appelle l'intelligence artificielle « hors de la Vallée » ; TSMC, Nvidia, ASML et SK Hynix pour la chaîne d'approvisionnement.

Il termine par une mise en garde historique : « l'histoire des technologies révolutionnaires est aussi une histoire de dépassement de marché ». Les compagnies de chemin de fer ont, rappelle-t-il, représenté à leur sommet environ 60 % de la capitalisation boursière américaine avant une série de faillites.

Les performances publiées dans ces deux documents sont arrêtées au 31 mars, en livres et dividendes réinvestis : sur douze mois, le cours progresse de 26,8 %, l'actif net de 27,4 %, l'indice FTSE All World de 18,0 %.

Le repère Opulion

Un discours de gérant se juge à ce qu'il pèse. Nous avons repris le relevé de portefeuille arrêté au 30 juin 2026 et donné un poids à chaque nom cité dans ces deux revues.

La chaîne d'approvisionnement, que Lawrence Burns présente comme la façon la plus sûre de détenir la croissance de l'intelligence artificielle, est effectivement le deuxième bloc du portefeuille. TSMC 6,443 %, NVIDIA 4,970 %, ASML 3,098 %, SK Hynix 0,871 % : la somme des quatre lignes publiées ressort à 15,38 % des actifs totaux. Derrière SpaceX et ses 25,674 %, aucun autre thème n'approche ce niveau.

La couche d'infrastructure logicielle qu'il décrit pèse 8,3 %, soit la somme de Stripe sur quatre lignes (3,13 %), Cloudflare (1,652 %), Databricks sur trois séries (1,47 %), Snowflake (1,294 %) et Adyen (0,802 %). Le fait que Stripe et Databricks apparaissent chacun sous plusieurs séries d'actions de préférence n'est pas anecdotique : c'est la trace, dans le fichier, de tours de financement successifs auxquels la fiducie a participé.

En revanche, la thèse « hors de la Vallée » pèse 0,45 %. Horizon Robotics 0,276 % et MiniMax 0,174 % : les deux sociétés chinoises auxquelles le gérant consacre un développement entier représentent ensemble moins d'un demi-point du portefeuille. Ce n'est ni une contradiction ni un reproche - une conviction naissante se construit petit - mais le lecteur qui aurait déduit du texte une exposition significative se serait trompé d'un ordre de grandeur.

Les deux mouvements que nomme Tom Slater se vérifient enfin dans le même fichier : Hermès y figure pour 0,707 %, et Wayfair n'y figure plus. Meituan, elle, est toujours détenue, à 0,805 %.

Sources